< dans la Haute Chaîne du Jura suisse … >
Il a neigé toute la nuit, le coton blanc s’est amoncelé sur
les petites vitres du refuge.
Tout semble plus loin, l’isolement s’est renforcé en l’espace de quelques heures, la montagne s’est refermée sur nous.
Dans la nuit matinale, les flocons continuent à descendre du ciel, nos lumières ne parviennent pas à percer l’imposant rideau vaporeux de poudreuse toute agitée par les nombreuses bourrasques de
vent.
Nos lampes restent donc éteintes, mais la surprise vient plus de l’épaisseur de neige fraîche qui se présente sous nos raquettes. L’enfoncement atteint les genoux, et plus la moindre trace au
sol, seule la boussole peut alors nous mener dans la bonne direction.
L’aube naissante nous permet de distinguer les silhouettes fantasmagoriques des sapins dans une ambiance laiteuse très opaque. Ils délimitent la combe et nous guident sur une partie de
l’itinéraire du retour.
Nous retrouvons la ferme que nous avions croisée la veille et profitons d’une petite avancée de toit pour se mettre à l’abri.
Nous traversons plus loin une forêt plus dense, notre progression est excessivement lente, il s’agit de gérer l’effort, s’alimenter régulièrement, ne pas trop s’arrêter pour ne pas se
refroidir.
Au lointain, nous apercevons une autre ferme, avec peut-être un petit abri réconfortant.
La pause déjeuner est prise finalement bien au sec, la ferme est occupée, et les personnes nous ayant repéré de loin, nous ont spontanément ouvert leur porte à notre arrivée.
La neige n’en finit plus de tomber, les arbres semblent comme submergés par cette déferlante cotonneuse, la forêt se présente soudainement comme un taillis d’épais conifères, difficilement
pénétrable.
En regardant la carte, j’estime avec frayeur notre vitesse de progression, à peine un kilomètre par heure, époustouflant.
Chaque pas est une mini épreuve, cette neige est lourde, très humide, elle colle systématiquement sous nos raquettes, rendant l’effort plus pénible.
Malgré tout, le plaisir d’évoluer dans ces grands espaces est réel, j’ai l’impression de vivre une aventure exceptionnelle, dans des conditions certes difficiles, mais si rares, si exaltantes.
J’ai confiance dans notre équipement, et notre but se rapproche.
Le grand lac que nous avions quitté le premier soir dans la nuit, nous apparaît enfin. Ma satisfaction est grande, mon bonheur entier.
Le Jura me laisse une formidable impression, il me tarde déjà de le redécouvrir au printemps, de respirer ses fleurs, de guetter ses chamois, de me positionner sur son grand balcon face aux
Alpes, de repartir vers de nouvelles aventures.
Cette journée pas comme les autres était la dernière de l'année 2008.
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Articles précédents
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