Rando-bivouac



< dans les Vosges cristallines moyennes alsaciennes >


Je pars vers un abri forestier nouvellement construit, pourvu d’un poêle flambant neuf et d’un toit végétalisé. La cabane à priori vaut le détour.

C’est en repensant à ces quelques indications plus qu’alléchantes attisant mon enthousiasme que je traverse la forêt au moment même où la nuit éteint le crépuscule. Quelques cris de chouette hulotte font me concentrer sur les bruits nocturnes des sapinières mais la neige crisse sous mes chaussures, rendant toute perception difficile.

Au niveau d’un carrefour, des sangliers s’échappent rapidement dans la pente. Le chemin est rendu difficilement praticable en raison d’une couche de neige à moitié fondue, tassée et souvent glissante.

Au bout d’une heure d’obscurité, je distingue la silhouette cachée de l’abri, légèrement surélevé au niveau d’un croisement de routes forestières. Des rondins fraîchement sciés et remarquablement bien assemblés, une bonne odeur de sciure, un charmant aménagement intérieur, il ne me reste plus qu’à allumer une bougie au milieu de la table et m’occuper du feu.

Je suis surpris de voir du bois coupé prêt à l’emploi, c’est si rare dans les refuges, penser au suivant en lui préparant ce qu’il faut pour lui faciliter la tâche. Ce qui me frappe également, c’est l’absence totale d’inscriptions ou de graffitis sur les murs intérieurs, le chalet en rondin est bel et bien tout neuf, presque inviolé, l’odeur du bois résineux est forte et très agréable.

La quiétude de ce lieu envahit tout mon être, j’aime ma solitude au milieu des bois.


null                          Lumière frêle d'une petite et d'une grande bougie



null      Deux flammes se reflètent dans la vitre de la fenêtre



null      Belle flambée dans un fourneau tout neuf



null                          Il se dégage une ambiance particulière devant la source de chaleur



null      Vue de l'extérieur du chalet


La lumière du jour inonde facilement l’intérieur de la cabane grâce à ses larges ouvertures vitrées.


null      Je suis peut-être le premier à avoir dormi dans cet abri, l'idée me ravit



null      La porte d'entrée, tout un symbole



null      Une construction parfaitement en harmonie avec son environnement forestier



null                          Les rondins s'assemblent admirablement, c'est tout l'art de la fuste



null      Une toit végétalisé qui absorbe l'humidité, isole et rend l'endroit d'autant plus discret



null      L'herbe est la même que celle qui tapisse le sol de la forêt



null      Un lieu de tranquilité, de ressourcement, de plénitude 


Le réveil est très agréable, je découvre l’environnement direct des rondins, c’est une magnifique sapinière typique de l’étage montagnard vosgien.

Les chemins forestiers à proximité révèlent grâce à la neige de nombreuses traces de grands cervidés, cerfs et biches.

C’est une profusion d’empreintes, particulièrement bien marquées dans une poudreuse vieillie et compactée. Il me semble marcher dans une grande forêt sauvage, giboyeuse à souhait.


                         Empreinte de biche, environ 6 cm de long et 5 cm de large



     Autre empreinte ayant une forme plus courte et plus arrondie



                         Un chemin forestier très parcouru par les grands cervidés



     Pour la biche, des petites crottes bien arrondies d'environ 2 cm de long sur 1 cm de large



     Zones dévastées par la grande tempête du siècle dernier



     Majestueux sapins pectinés épargnés par les grands vents



     Vestige de chandelle isolé face aux grands espaces forestiers



     Forêt meurtrie vue d'un mirador



     Excrément déposé sur une souche pour marquer un territoire, peut-être celui d'un renard



     De grands fûts élancés vers le ciel et traversés par la lumière


« Il y a 800 ans, au Moyen Age, on voyait dans la beauté de la nature celle de Dieu. La nature était donc un lieu de contemplation. Et l'homme ne disposait pas de moyens pour la détruire. Mais à la Renaissance, il s'est extrait de la nature pour l'étudier : il l'a désacralisée. Et c'est devenu bien pire avec la révolution industrielle : dès lors, la nature a été considérée comme un matériau inerte dans lequel on puise. Avec ce qu'on lui prend, on produit pour pouvoir consommer ! Maintenant, il s'agit même de consommer pour pouvoir produire ! Et c'est dans la nature que nous vidons nos ordures. Depuis 150 ans, on vide la nature comme un réservoir et on la remplit comme un dépotoir. »
(Jean-Marie PELT. Interview dans Echos Systèmes n°8. 1ier trim. 2009).

Continuons donc à la contempler comme au Moyen Age et à dormir dans des cabanes avec comme seul éclairage, une simple bougie, en ne laissant aucune trace de son passage, même pas une miette de pain !

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Autres articles sur la fuste :  "Une fuste pour savourer un moment de grande liberté" 
                                                        "Préparation méticuleuse d'un exotique petit déjeuner"




Mar 3 mar 2009 8 commentaires
Bonsoir Bertrand,
comme d'hab tes articles remuent plein de vieux souvenirs sur des coins que j'ai connus, comme d'hab merci de nous faire partager ces moments magiques, cette philosophie du zéro trace à laquelle je souscrit entièrement. Et comme d'hab il y a le petit détail avec lequel je ne puis pas être d'accord, ce soir c'est avec la pensée de JMP qui voudrait que l'étude enlève quelque chose du caractère sacré de la nature...
Bernard - le 16/03/2009 à 20h51

J’ai beaucoup apprécié cette analyse de J.-M. Pelt, qui ouvre nos yeux sur une évolution complexe du rapport de l’homme avec son environnement, aboutissant de nos jours à toute une série de questionnements et d’inquiétudes. Une chose est sûre, il y a une urgence dans l’air, le temps est venu d’agir, individuellement plus que collectivement. Le zéro trace n’est qu’un exemple d’un changement radical de comportement responsable.

BDF
Magique ! C'est exactement la même cabane qu'il te faut, là où tu sais. En attendant, il me tarde de goûter au charme de la cabane dont tu parles dans cet article. Une jolie lumière de printemps serait la bienvenue ! Je l'inscris dans mes projets à court terme.
Sinon, tu liras une réflexion intéressante sur "la peur de la nature" (qui ne nous concerne pas, évidemment !) ici :
http://www.econovateur.com/rubriques/gril/lre010402.shtml
Martine Schnoering - le 16/03/2009 à 21h15

Encore un livre à me mettre en réserve de prochaine lecture, la liste est longue, vais-je avoir le temps suffisant de tout parcourir ces bouquins qui s’entassent dans ma bibliothèque ? Il me faudrait plusieurs vies tellement ma curiosité me semble incommensurable. Mais déjà depuis peu j’ai réussi à me recentrer un peu plus, en mettant de côté tout ce qui touche à l’histoire, pour me focaliser davantage sur la nature et la photographie. Mais là aussi les champs d’investigation sont immenses.

BDF
Tu nous mets l'eau à la bouche en nous faisant découvrir cette très jolie fuste et toutes ces traces de biches et de cerfs aux alentours. Ces animaux je les ai vus samedi alors que nous étions assis sur un vieux banc dans les Vosges du Nord près du Hunebourg. C'était magnifique. J'ai même réussi à faire quelques photos qui, bien entendu ne sont pas terribles du point de vue qualité mais qui sont plus précieuses que toutes celles faites avec du matériel High tech dans un parc animalier. J'ai lu que martine voulait découvrir cette fuste, faites moi signe et si je suis disponible j'arrive en courant.
Philippe - le 17/03/2009 à 09h02

Promis, je vous embarque avec moi dès que l’occasion se présente. Cet abri, c’est du bonheur cinq étoiles.

BDF
Je salive d'avance pour ton prochain article "Coup de cœur pour une marche de nuit sans frontale". Ca c'est quelque chose que je n'ai jamais fait, car la nuit, bêtement, je dors. A bientôt, cher BDF le rêveur. Bienvenue au club, comme on dit, hein ?
Martine Schnoering - le 17/03/2009 à 09h27

A la fin de mon tout dernier article, j’ai écrit « je suis un doux rêveur, et j’aime çà ». Je me dis souvent, mais que c’est bon la déconnexion avec le monde moderne et que c’est bon de se reconnecter avec son proche environnement, pas besoin d’aller bien loin. J’espère bien qu’un jour tu m’accompagneras pour une petite virée nocturne, la tête dans les étoiles.

BDF
Bonsoir Bertrand
Tu étais au pays de Heidi, magnifique l’abri forestier le luxe 4 étoiles. J’espère qu’au moins celui-ci sera respecté, et pas inondée de graffitis comme c’est la coutume en ce moment. J’en ai même rencontré récemment sur un rocher en pleine forêt.
Bonne soirée
abeille pat - le 17/03/2009 à 22h19

Les détériorations, le vandalisme, le manque de respect, c’est insupportable. Cet abri, je vais le surveiller régulièrement, et tenter de réparer au fur et à mesure ce qui est à réparer, avec le peu de moyens dont je dispose, je ne suis malheureusement pas un grand bricoleur.

BDF
Bonjour cher ami, je ne sais pas écrire avec autant de poésie et d'érudition que les autres "commentateurs", et surtout je suis sans voix devant d'aussi belles photos, et autant de respect de la nature.
La lecture de votre blog est ma récompense du soir !
amitiés
Jacqueline
GADREAU-PERRONNEAU Jacqueline - le 19/03/2009 à 20h07

Merci beaucoup Jacqueline pour ce fort sympathique commentaire. Au-delà de mon désir de partage, ce blog me permet de graver davantage dans ma mémoire tous ces moments passés dans la nature, à admirer, à contempler, à méditer. C’est un formidable outil de composition, d’association du texte et de la photo. A une prochaine et merci pour la visite.

BDF
Rebonsoir, il faudra qu'un jour je prenne le temps de discuter, sans doute hors blog sinon çà fait des commentaires à rallonge. Les livres de François Terrasson ne font pas partie de ceux qui s'entassent dans une bibliothèque, mais de ceux qu'on relit sans se lasser...amicalement, Bernard.
Bernard - le 30/03/2009 à 23h37

Tu parles de François Terrasson, ne s’agit-il pas plutôt de Jean-Marie Pelt, dont j’ai rapporté un extrait d’interview dans le présent article ? Quant aux livres qui s’entassent, c’est en ce qui me concerne, un plaisir de conservation, mais une relecture parfois s’impose, pour se rafraîchir la mémoire, ou tout simplement pour le plaisir de lire une deuxième fois un ouvrage, avec du recul, et une maturité différente. 

BDF
Non, non, je parle bien de F. Terrasson, en référence au commentaire du 16/03 de Martine et à ta réponse du 29/03. C'est très vrai aussi que relire un livre quelques années après permet de mesurer comment on a soi-même évolué...
Bernard - le 13/04/2009 à 12h01