Partager l'article ! Baptême et méditation: Jeudi 15 octobre 2009 J’ai beaucoup repensé à cet abri découvert la semaine dernière ...
La
Source, chronique d'une cabane forestière
Dernière mise à jour, au 09 décembre
"Ebauche d'historique et de
géologie"
J’ai beaucoup
repensé à cet abri découvert la semaine dernière, en tentant de récapituler ses points forts et ses points faibles, mais surtout en me projetant sur les améliorations possibles pour le rendre
plus fonctionnel et plus convivial. Cela faisait longtemps que je cherchais une cabane-refuge en bois dans un environnement propice, dans l’idée d’y venir régulièrement pour me ressourcer et
vivre un peu de mon temps au cœur de la grande forêt vosgienne.
J’ai rapidement cherché un nom pour cet abri, qui corresponde à la fois à mon état d’esprit, mais aussi qui puisse s’accorder à la configuration du lieu. Revisionant l’endroit
et pensant au ressourcement qu’il était susceptible de m’offrir, son nom était tout désigné, ce serait la cabane ou refuge de la Source.

Mais par ce baptême précipité, une certaine gêne me perturbait soudainement. Il n’était pas question en effet que je m’approprie pour moi tout seul cet abri de planches tombant
en désuétude, sous prétexte de l’idée de m’investir dans sa rénovation. Il était en outre judicieux de ne surtout pas remettre en cause la fonctionnalité première de cet habitat, à savoir
l’accueil de toute personne de passage fréquentant la forêt de manière respectueuse, telle que le randonneur, le chasseur, le bûcheron, ou tout simplement un être démuni à la recherche d’un toit
protecteur.
Le projet serait donc, à la fois de me constituer un petit nid à partir d’un existant à réhabiliter, mais aussi d’en faire profiter quiconque serait amené à vouloir y séjourner
selon son bon gré. Une sorte d’éthique voudrait que toute notion de propriété soit bannie et que la notion de partage prime dans chacune de mes initiatives, du nettoyage régulier au petit tas de
bois sec prévu pour le suivant. Mais encore faudrait-il que je me renseigne au préalable sur le passé de cette cabane forestière. Quand a-t-elle été construite, par qui, pour qui, et pourquoi
dans un endroit aussi peu accessible ? Il me tarde d’en savoir plus. En attendant, je m’empresse ce jour d’y retourner pour la deuxième fois, pour un premier grand nettoyage du sol au
plafond.
Juste avant de garer ma voiture, en escomptant un jour partir en vélo de voyage, je tombe nez-à-nez sur une petite harde de biches, cinq à
six femelles avec peut-être des jeunes de l’année, broutant l’herbe d’une lisière. Les premiers frimas d’un automne déjà bien entamé se font rudement ressentir. Je presse le pas pour me
réchauffer et pénètre alors dans le sous-bois. Un chamois solitaire dévale la pente sans se soucier de ma présence, un mâle sans aucun doute. Un peu plus loin, je perçois en contrebas du sentier
une biche et son faon, à bonne distance, qui s’éloignent progressivement de mon champ de vision, cachés par une végétation dense. C’est mon premier repérage de l’environnement direct de la
cabane, une magnifique hêtraie-sapinière, à priori refuge d’une faune riche et variée. Le cri du pic noir me parvient aussi, comme par enchantement, au niveau d’une zone de chablis. Je réussis à
l’observer l’espace de quelques secondes, puis il s’éloigne d’arbre en arbre. Reprenant le sentier en sens inverse, un autre chamois fonce dans la futaie et je finis par entendre son petit cri de
mécontentement beaucoup plus bas dans la pente. Et me voilà enfin à proximité du lieu de toutes mes convoitises, encore quelques centaines de mètres. J’observe de nouveau du grand cervidé dans
une zone un peu plus dégagée, à priori deux jeunes daguets au vu de leurs bois relativement peu développés. Décidément cette forêt regorge de vie sauvage, c’est un signe fort de naturalité qui
m’éblouie et me met dans tous mes états. Le refuge de la Source serait-il donc niché dans un havre de paix ? J’ose le croire et je me réconforte dans cette idée qu’il pourrait encore exister
des zones relativement préservées.
Le soleil perce dans un ciel voilé de brumes matinales, le refuge est là, il m’attend. Deux bouteilles avec des bougies sont restées posées sur la table, une visite a donc eu
lieu depuis mon premier passage.

Je jette un rapide coup d’œil sur le chantier qui se présente à moi, les vieilles toiles d’araignée sont partout, désespérément accrochées aux planches du plafond et agrippées
sur celles des quatre murs. La grosse poussière est présente dans tous les recoins, comme amassée depuis un nombre incalculable d’années. Une collection de bouteilles vides posées sur quelques étagères en bois personnifie quelque peu l’intérieur, lui donnant un aspect
maussade de cave désertée. Un semblant de petit bureau se positionne au niveau de cette décoration de vieux verre, la tablette en bois maculée de reste de bougie. Je m’empresse d’enlever tout
objet indésirable, ayant prévu deux gros sacs poubelles à cet effet, les bouteilles partant en priorité.
A travers cet acte volontaire, une impression étrange m’envahit, celle d’entamer l’âme de ce logis, comme si tout devait rester figé pour l’éternité. Le verre parti découvre en
totalité une profusion d’inscriptions, de ceux qui sont passés par là, un jour. La balayette prend ensuite du service, en commençant par le plafond, les fenêtres, puis les murs et le sol. Une
vieille peinture blanche part en décomposition, rendant la tâche plus ardue. Plusieurs vitres sont cassées, bouchées provisoirement par des lambeaux de bâche en plastique noir. Je tente
d’améliorer cette protection de fortune en la découpant sur mesure et en l’ajustant avec du gros scotch. Au total, ce n’est pas moins de trois heures de travail qui m’auront permis de rendre
l’endroit un tantinet plus accueillant.





Mes deux sacs poubelle sont bien remplis, l’un pour le verre destiné au recyclage, l’autre pour les objets et débris multiples destinés à l’incinération. Il s’agit maintenant de
les rapatrier, les éloigner à tout jamais du lieu qui aura si longtemps abrité leur contenu.


Déjà dans ma tête, une part de mon rêve se réalise. Mes gestes de premier secours semblent avoir donné un meilleur aspect à la petite maison, mais encore beaucoup de travail
reste à accomplir. Mais une question me taraude l’esprit. Pour quelles raisons un aussi beau refuge a-t-il été ainsi voué à l’abandon ? Son relatif isolement me semble apporter un début
d’explication, mais le mystère reste entier.

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