Partager l'article ! Flore et végétation méditerranéennes: Pour le protecteur de la nature, la flore et végé ...
La
Source, chronique d'une cabane forestière
Dernière mise à jour, au 09 décembre
"Ebauche d'historique et de
géologie"
Pour le protecteur de la nature, la flore et végétation méditerranéennes présentent un intérêt multiple : elles
rendent compte du niveau de connaissance (ou d’ignorance…) du grand public en matière de nature ; elles témoignent du rôle de l’homme dans l’aggravation de phénomènes naturels (l’érosion, le
feu…) ; elles traduisent l’impact d’une activité humaine a priori aimable, le tourisme, relayé par l’emprise et la spéculation foncières.
- Le « midi », c’est anthropocentriquement l’été, pourtant morte saison biologique pour la plupart des végétaux, et bien des animaux méditerranéens. Quant au paysage évoqué, il est très généralement considéré comme peuplé d’agaves, d’opuntias, de carpobrotus, de « mimosas », toutes plantes introduites (1), quand ce n’est pas de bougainvilliers ou de palmiers !
Corrélativement qui, dans le public, connaît les cistes, les philaires, le genevrier de
Phénicie, les orchidées et les pivoines, voire le chêne vert et l’olivier, indigènes ? Bref, on retrouve ici l’exigence d’authenticité permettant seule de démarquer la nature de
l’environnement.
- Le climat méditerranéen se caractérise non seulement par une sécheresse estivale soutenue, mais par de violentes précipitations pré ou post-hivernales : de telles conditions météorologiques sont favorables à l’érosion, en raison de la fragilité des sols. Par ailleurs, la xéricité induit, comme défense contre l’évapotranspiration végétale, la sclérophyllie (2) et l’enrichissement foliaire en substances hydrocarbonées (essences, résines, cires), deux caractères éminemment favorables à la combustion.
Mais cette prédisposition à la fragilité de l’écosystème sol-végétation en Méditerranée a été, et demeure considérablement amplifiée du fait de l’homme : dès l’Antiquité, le pâtre et l’agriculteur ont déboisé, relayés par les besoins du navigateur et du forgeron. Le phénomène n’a fait que s’accroître historiquement, jusqu’à franchir des seuils irréversibles dont témoignent seulement aujourd’hui quelques peuplements relictuels (comme la forêt de Sainte-Baume).
Et grande est la distance entre la chênaie d’yeuse, au sous-bois garni de lianes et de
buissons aromatiques, aux talus fleuris d’arums ou de cyclamens, et la maigre repousse du chêne kermès ou du ciste de Montpellier, l’incendie une fois passé sur un sol
squelettique.
- Quant au tourisme, déjà responsable d’une partie des phénomènes ci-dessus dénoncés, il s’inscrit surtout
au niveau foncier : camping et motorisation sauvages sont éminemment nocifs pour les dunes, et leur flore fragile (lys des sables Pancratium
maritimum L. par exemple) ; sur le littoral du Languedoc-Roussillon, l’aménagement des lagunes a défiguré ces plats paysages et leur végétation discrète (Salsolacées, Chénopodiacées,
etc.) ; la Côte d’Azur, dès le siècle dernier, a connu une artificialisation croissante et son « assassinat » (3) est désormais proche du terme, sauf dans quelques îles plus ou moins bien préservées (Port-Cros, Porquerolles). Plus récemment, l’arrière-pays a souffert de la
déprise rurale et d’une urbanisation anarchique.
Est-ce une consolation de constater que dans un autre pays méditerranéen, l’Espagne, les mêmes processus modernes, conduits plus rapidement, ont entraîné des dégâts bien plus accusés encore : le littoral n’y est plus qu’un mur de béton ; les sierras andalouses ont été ravagées à coup de capitaux et de bulldozers étrangers, pour l’implantation sur de vastes surfaces d’oliveraies ou d’amanderaies soigneusement purgées de tout flore adventice, tandis que les ruraux, expulsés par cette mutation économique, venaient grossir les bidonvilles de Séville …
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(1) Même le guide Nathan « Fleurs du bassin méditerranéen » (1984) cède publicitairement à ce travers par son illustration de couverture.
(2) C’est-à-dire la coriacité et la rigidité des feuilles.
(3) Pour reprendre le titre d’un livre, et d’un procès, ayant fait date dans les années 70.
(Extrait de « La nature en crise »
de Philippe Lebreton, Editions Sang de la terre, juin 1988)
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